Journée d’hiver

 

6h, la maison est endormie.

Une douche chaude fini de me réveiller, je déjeune rapidement et file, un peu comme une voleuse sans faire de bruit.
Le froid m’assaille, je place mes écouteurs pour m’enivrer de musique et tenter de faire taire tout ce qui bruisse dans ma tête… Quelques fenêtres s’allument, deux ou trois silhouettes me précèdent sur le chemin de la gare. La neige est tombée en une fine couche et a laissé comme une couverture de mohair blanc sur le sol. Je marche prudemment pour éviter d’embrasser le trottoir encore une fois… La mairie près de la gare est déjà parée de toutes ses illuminations de noël.

Je longe le quai pour me retrouver en tête du train. Je bats la mesure et tente de me noyer dans la musique, le train arrive, Les quais et les rails se dissimulent sous le tapis de neige. Les gens se pressent pour monter dans les wagons presque vides.
Pas envie de lire, je regarde par la fenêtre, la nuit est encore très noire mais les maisons et les appartements se réveillent petit à petit.

A chaque arrêt un courant d’air glacial m’évite de somnoler et petit à petit, à mesure que le wagon se rempli, le paysage nocturne est estompé par la buée qui se forme sur les vitres.
A Saint Lazare, le train dégueule ses passagers qui se pressent vers le métro. Une grande bouche s’ouvre pour descendre dans le sous-sol parisien .
Je suis comme une automate, couloirs, escaliers, couloirs, escalators, suivre les panneaux, ligne 14. Les gens se croisent en s’effleurant comme s’ils participaient à un ballet muet. Un nouveau quai, choisir l’emplacement en fonction de la prochaine correspondance, limiter ses pas parce que le trajet est long…

le métro automatique ouvre ses portes, des hommes et des femmes s’engouffrent dedans, un voix égraine le nom des stations, La madeleine, Pyramides. Un jeune homme la vingtaine monte dans le métro, il est en tee-shirt, mais ne semble pas avoir froid, il est ailleurs et s’effondre sur un siège les yeux vagues, le creux de ses coudes est très rouge et semble parsemé de piqures… Châtelet, Gare de Lyon, attention descente à gauche, Bercy.

Je reprends un escalator enveloppé d’un courant d’air glacial qui semble avoir pris pension à cet endroit. les voyageurs se pressent. Un couloir, des escaliers, un nouveau quai, se mettre en queue de rame pour être face à la correspondance deux stations plus loin.
Des lycéennes se retrouvent, et éclatent de rire… je pense à ma fille..
Descente à droite, je m’enfonce dans le couloir pour rejoindre la ligne 8, escaliers, couloirs, escaliers… dernier quai… prochain métro dans 6 minutes « don’t stop the music »… (Jamie Cullum) encore quelques stations…

Le métro s’élance au dessus de la Marne juste avant d’arriver à destination. Il fait encore nuit, la neige tombe.
Les passants naviguent entre les flocons, une odeur d’écurie flotte dans l’air, car l’école vétérinaire est toute proche.
L’avenue à traverser, je suis arrivée, traverser le parvis de marbre sans glisser.

Le hall… bonjour aux réceptionnistes… le tourniquet… l’ascenseur, 6e étage. Peu de bruit dans les couloirs. Le bureau est encore dans le noir, je suis la première, lumière, allumer le micro pour badger, enlever son manteau et enfin, faire le tour de mes plantes qui ont élu domicile là…
Une nouvelle journée de travail commence. Je dévisse les écouteurs à regret et tente de mettre ma vie personnelle en veilleuse jusqu’à ce soir…

Le voyage du soir est une autre histoire…

17h30, mes collègues sont déjà parties.
Je quitte le bureau, ascenseur, tourniquet, le parvis de marbre, il fait froid.

La station de métro est toute proche, escaliers, couloir, valider son passe, tourniquet, couloirs, escaliers… Le quai est décoré d’expressions liées aux animaux, école vétérinaire oblige. Ces illustrations sont laides, très stylisées et ornées de couleurs criardes, avoir un chat dans la gorge, rire comme une baleine… même pas drôle! Je chausse mes écouteurs…

La rame approche, Charenton… porte dorée….Bastille…. je plonge dans mon livre… filles du calvaire, je le range dans mon sac…
Je change à République, toujours penser à se placer au mieux… escaliers, couloirs bondés, je me faufile jusqu’à la ligne 5. Le quai est noir de monde, mais je parviens à monter dans la rame qui vient d’arriver. Inutile de se tenir, nous nous tenons les uns les autres…ne pas bouger… mon livre restera au fond du sac. Je ne saurai pas tout de suite ce qui va arriver à la dame de pique… les odeurs se mêlent pas vraiment de façon heureuse… « don’t stop the music »… rester dans sa bulle et laisser les pensées vagabonder…

Le métro s’arrête entre deux stations, je vais être en retard…
Gare de l’est, Gare du Nord, la rame se vide un peu… je respire à nouveau….

Laumière, Ourq, Porte de Pantin, je suis en retard, j’ouvre la porte, je monte deux à deux les marches de l’escalator juste en face…

L’air est glacial, je longe la piste cyclable, traverse l’avenue, je presse le pas, je n’aime pas faire attendre. Je prends l’allée bordée de fleurs en été, je distingue à peine les plantes dans la nuit. Je me dépêche.
La voiture est garée là bas de l’autre coté.
Encore 4 rues à traverser toutes avec des feux en décalé…Et de deux, passer sous le pont où flottent des odeurs d’urine…Les deux derniers feux que je « grille » souvent pour enfin m’engouffrer dans la voiture.

Bientôt rentrée chez moi…

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