Instantanés

IMG_2736-2En sortant du métro, je suis happée par une odeur de gasoil échappée de la voiture qui démarre en trombe au feu tout proche. Je suis en bas de la rue de Ménilmontant qui semble m’attendre avec ses personnages et son décor qui font penser à une pièce de théâtre improbable.
Une jeune fille en short cherche au fond d’un grand sac élimé, sans doute un briquet pour allumer le pétard qu’elle tète entre ses lèvres…
J’avance, l’œil ouvert comme une caméra…
Devant moi, un homme au cul de son camion ouvert met en bouquet des brins de menthe et de coriandre qui se fanent à même le sol du véhicule, je ne peux m’empêcher de penser au devenir de ces bouquets, finissent-ils dans la cantine chinoise juste à coté ? C’est un restaurant chinois atypique, il ressemble à une salle à manger de refuge de montagne avec bancs et table de bois de sapin. Les clients attablés ont l’air d’apprécier …

Le parfum des herbes s’est évaporé en passant devant un salon de coiffure d’où sort une odeur de cheveux brulés. Les coiffeuses ont tenté en ouvrant les portes de devant et d’arrière cour, de faire un courant d’air pour atténuer le souffle chaud des sèches-cheveux.

Je progresse dans la rue, la chaleur étouffante ralenti mes pas.

Une odeur d’égout maintenant saisit mes narines alors que je passe devant une boucherie. J’espère qu’il n’y a aucun lien entres elles…

L’étal du marchand de fruits et légumes accolé à la boucherie me fait oublier l’odeur désagréable grâce à ses melons bien mûrs dont le parfum sucré m’emporte vers des vacances à Cavaillon, même si aucun grillon ne pousse sa chansonnette.

Un courant d’air frais, à l’ouverture des portes d’un supermarché sans doute climatisé, me sort de mes rêveries, même si le cours d’eau qui coule dans les caniveaux tente de m’entraîner vers d’autres souvenirs…

Cette fois, c’est une odeur d’huile de friture trop usée qui me fait presser le pas sur quelques mètres.

Je m’arrête au croisement d’une rue désertée dans laquelle un vieux matelas s’appuie mollement sur un mur , il est accompagné d’une chaise de bureau qui baigne ses pieds dans l’eau d’un caniveau. Couleurs fades dans cette rue seule une femme voilée en vert de la tête aux pieds apporte une note colorée.

Je continue la montée de la rue et suis surprise de découvrir une épicerie fine dans laquelle des sacs d’épices diffusent des odeurs un peu pales. Le son d’une télé en turc dans un bar turc, baies grandes ouvertes me ramène à la réalité bruyante de la rue tandis que le bistrot de la laverie exhibe des pictogrammes d’entretien de vêtements.

Des personnages vont et viennent, une vieille femme en short et en baskets multicolores bordées de doré croise un juif tout de noir vêtu avec chapeau et ceinture de prière.

Une ancienne boutique de miroiterie dont la vitrine ne tient plus que grâce aux affiches collées dessus, s’appuie sur son coté gauche sur un portail rouillé et également décoré également d’affiches.  Il cache l’entrée d’un lieu en friche ou doit se cacher la faune « sauvage » du quartier.

Au milieu des immeubles qui n’ont plus ou pas d’âme , une petite maison attire mon regard, elle dissimule derrière elle la cité de l’ermitage, une toute petite ruelle bordée de maisons cachées derrière de la verdure, elle m’appelle  pour la visiter, non, un verre d’eau gazeuse bien fraiche m’attend dans un bar…

Juste avant d’entrer dans le bistrot, une petite fille, dans une voiture rouge qui s’arrête devant moi, me regarde et me sourit…

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