Bruits d’un jour

La sonnerie du réveil me fait bondir d’un coup pour ne réveiller personne. Je marche à pas feutrés vers la douche, un très léger grincement lorsque je tourne le robinet, et le bruit de l’eau dans la douche et  sur mon corps me fait penser aux grosses pluies d’orage, quelques pas dans le reste  d’eau… ploc… La serviette chuchote  pendant que je me sèche les cheveux et le corps. Éviter par contre de laisser les portes de l’armoire se faire entendre.

Le glissement des vêtements sur la peau parle dans un souffle… toujours à pas feutrés vers la cuisine. La porte du frigo pousse un soupir à l’ouverture, dehors un chat miaule et les pas du voisin commencent à se faire entendre. La cuillère tinte quand je la pose dans l’évier et le battant de la poubelle se remet en place avec un bruit mat.
Le trousseau de clé dans ma poche tinte lorsque je mets mon manteau, surtout ne pas claquer la porte, la première fait un bruit un peu sourd tandis que la seconde cliquette…
Presser le pas, je suis un peu en retard, les talons débutent le solo de batterie qui varie selon les sols, le bitume, le pont, les dalles de ciment, les briques et résonnent plus ou moins fort selon l’éloignement des murs des immeubles, en écho, les pas d’autres personnes démarrent les uns après les autres, certains sont plus atténués (chaussures de sport ou semelles de crêpe?)
La résonance se renforce au passage sous un immeuble.
Le saule pleureur a séché ses larmes, les oiseaux accompagnent mon trajet comme s’ils étaient au printemps!
La gare, je ralentis, comme si la mélodie s’apaisait. Mes pas sur le quai crissent sur le sable déposé lorsqu’il neigeait. Ça et là quelques personnes parlent ou laissent échapper de leurs écouteurs les restes de leurs musiques. Le train arrive et s’arrête devant moi dans un crissement de freins. Le signal de la porte va s’égrainer comme un refrain tout au long du trajet. Les passagers ne sont pas très bruyants, une sonnerie de portable, une fermeture éclair qui glisse, une page de carnet qui tourne; une toux, un raclement de gorge, un bâillement… le bruit de la porte.
Les roues du train scandent la mélodie accompagnées du grincement des freins. C’est dans un grand soupir que le train s’immobilise  gare St Lazare. Les passagers produisent avec leurs talons, comme les claquements de doigts d’une grande chorale qui s’amenuisent lorsqu’ils s’éparpillent.
Mes talons tapent sur le bitume puis sur un sol  recouvert de bois qui produit un son plus mat, escaliers, tac, tac, tac…
Escalators, grincements et bruits métalliques, les tourniquets scandent le passage des voyageurs et les portes s’ouvrent en soupirant. Métro, les roues tantôt grincent, tantôt grondent, le signal sonne à nouveau comme un refrain. Les conversations ressemblent à des chuchotements, les écouteurs diffusent des sons déformés. Une sonnerie de téléphone accompagne un grincement.
Un SDF dit un texte qui ressemble à une chanson misérabiliste des années 30, il chantonne presque dans l’indifférence. Les portes soufflent, le signal retentit, les portes claquent, le métro souffle et grince.
Un quai, escaliers, tac, tac, tac…
Un escalier roulant qui  crie et à nouveau le ciel qui commence à peine à s’éclaircir, les oiseaux gazouillent. Mes pas sur le marbre du hall et je suis aspirée dans un souffle par l’ascenseur du bureau.

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